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Jon Vickers - un ténor hors du commun

Jon Vickers - un ténor hors du commun

Le 10 juillet dernier, disparaissait Jon Vickers à l’âge de 88 ans, ténor canadien inconnu du grand public mais vénéré par une poignée de mélomanes mordus d’opéra héroïque.

Vickers, c’était d’abord un timbre de voix peu "orthodoxe", "particulier" comme le qualifiaient les critiques, loin de la beauté vocale d’un Pavarotti ou de l’insolence incandescente d’un Del Monaco. Chez Vickers, nous étions loin de l’Italie, nous étions plongés dans un univers septentrional, éclairé par un Soleil malade et peuplé d’ombres errantes.

Toute la Nature qui semblait habiter cet homme au corps de bûcheron,  avec le climat rude des étendues immenses du nord de son pays, le froid qui mord en hiver, la chaleur qui écrase en été, et l’homme qui tente de survivre. On pouvait entendre tout cela dans la voix de Vickers !
Sa carrière de soliste commence dans les années 50, et  très vite, il devient évident que sa personnalité soit destinée aux grands rôles de ténor tragique !

Vickers était un acteur de stature shakespearienne, un artiste profondément humble se présentant comme un  serviteur de l’Art.
Ses incarnations les plus intenses :
Siegmund, dans la Walkyrie, enregistré avec Karajan, écoutez ses notes tenues sur Wälse, ce n’est plus la voix d’un homme que l’on entend, Nietzsche n’est peut-être pas loin !
Tristan, toujours avec Karajan à la direction et Helga Dernesch en état de consumation dans le rôle d’Isolde, constitue probablement son personnage le plus marquant.

Je n’oublierai jamais, au début du duo d’amour du 2ème acte, sa voix  évoquant celle d’un adolescent plongé dans l’émoi près du corps vibrant de la femme qu’il aime. Un peu plus tard dans le duo, les voix s’enflent, se dilatent jusqu’au paroxysme, jusqu’au cri d’effroi d’Isolde ! Un moment unique dans l’histoire de la musique !

Vickers nous a laissé deux visions d’Otello :
En 1960, le maure est bouillant, insolent, d’une jeunesse véhémente. En 1972, l’on entend un Otello à la voix fêlée, la voix d’un homme torturé par le doute, sujet à des hallucinations et à des malaises ! Nous ne sommes pas loin de Dostoïevski !

Au début des années 60, notre artiste enregistra aussi le rôle de Samson dans l’opéra de Saint-Saëns, face à Rita Gorr, Dalila plantureuse et vénéneuse. Personnellement, je reste attaché à l’interprétation de José Luccioni mais j’aime la vision de ce juge biblique par le canadien, on y entend un Hébreu investi d’une autorité, attaché à la Loi. Dans la scène de la meule, son timbre clair-obscur nous emmène chez Rembrandt, et à la fin de l’opéra, le temple s’écroule sous l’action de sa voix triomphale, digne des trompettes de Jéricho !
Florestan, dans le Fidelio de Beethoven, apparaissant au début du 2ème acte dans le cachot avec cette imploration "Gott" qui transperce le cœur.

Don José dans Carmen, comment oublier sa phrase sublime "et j’étais une chose à toi", chantée en quasi falsetto, phrase ascendante pour culminer sur un si bémol d’une douceur, d’une tendresse désarmantes !

Je vais m’arrêter là, il faudrait un livre, un énorme volume pour essayer d’exprimer tout ce que cet artiste nous a laissé.

Jon Vickers aimait les gens, se nourrissait de tout ce que la vie lui apportait.

Il n’était pas seulement artiste lyrique, une Voix, il était la voix de l’Humanité !

JOËL - Conseiller en Librairie Musicale
Rédigé le  15 avril 2016 12:00  -  Lien permanent

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